Arletty, de son vrai nom LĂ©onie Bathiat, naĂ®t le 15 mai 1898 Ă Courbevoie. Elle grandit dans un milieu modeste, ce qui ne l’empĂŞche pas de dĂ©velopper une grande passion pour le spectacle. Dès son plus jeune âge, elle se rĂ©vèle ĂŞtre une femme indĂ©pendante, oscillant entre les univers du théâtre et du cinĂ©ma. Ce parcours atypique lui permet de devenir l’une des figures les plus emblĂ©matiques du cinĂ©ma français, marquant de son empreinte l’histoire du septième art dans les annĂ©es 30 et 40.
Arletty a commencé sa carrière comme mannequin, se produisant dans des opérettes et des revues de music-hall. Elle se fait remarquer par son charme unique et son talent, attirant l’attention des producteurs de l’époque. Son jeu distinctif et son allure captivante la propulsent au rang de muse, tant pour les peintres que pour les cinéastes. C’est dans ce contexte qu’elle prend le pseudo Arletty, un nom qui résonnera à jamais dans les annales du cinéma français.
Elle commence Ă se faire un nom au cinĂ©ma en 1930 et obtient des rĂ´les de choix dans des films de grands rĂ©alisateurs, notamment Marcel CarnĂ©. Sa silhouette Ă©lancĂ©e et son caractère flamboyant se marient Ă merveille avec le style poĂ©tique de l’Ă©poque, Ă©tablissant ainsi un lien indissoluble entre son image et celle de Paris. Son personnage dans des films comme HĂ´tel du Nord (1938) et Les Enfants du paradis (1945) la propulse au sommet de la gloire, ce qui lui permet d’incarner le symbole de la Parisienne des annĂ©es 30-40.
Les premières collaborations marquantes
Arletty se lie Ă de grands noms durant ses dĂ©buts. Sa rencontre avec Jacques PrĂ©vert, un des scĂ©naristes les plus influents, va changer le cours de sa carrière. Ensemble, ils collaborent sur plusieurs projets et elle devient l’une des actrices fĂ©tiches de Marcel CarnĂ©, un rĂ©alisateur aux ambitions novatrices. L’alchimie entre Arletty et CarnĂ© se rĂ©vèle lors du tournage de HĂ´tel du Nord, oĂą son interprĂ©tation de Mme Raymonde capture Ă la fois la gouaille et la mĂ©lancolie des protagonistes de l’époque.
Outre son interprĂ©tation dans le cĂ©lèbre film, Arletty s’illustre dans Les Visiteurs du soir (1942) et Les Enfants du paradis (1945), des Ĺ“uvres qui resteront gravĂ©es dans l’histoire du cinĂ©ma. Sa collaboration avec un casting Ă©blouissant, composĂ© d’acteurs tels que Jean-Louis Barrault et Pierre Brasseur, lui permet de se forger une place de choix sur la scène cinĂ©matographique. Chaque film devient une oeuvre d’art oĂą la prĂ©sence d’Arletty intensifie la magie des rĂ©cits.
En parallèle de ses succès au cinéma, Arletty fait vibrer la scène théâtrale. Ses performances dans des pièces et des opérettes marquent les esprits, lui valant une place privilégiée parmi les grandes figures du théâtre français. Elle excelle également dans des productions de Sacha Guitry, montrant ainsi son aisance sur tous les fronts du spectacle vivant. Arletty incarne à la perfection le mélange de l’élégance, de la provocation et de la sensibilité qui caractérise le charme parisien.
Une carrière troublée par la guerre
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, Arletty se retrouve à la croisée des chemins. Malgré le tumulte des événements, elle prend la décision de rester à Paris, choisissant de poursuivre sa carrière dans un climat de tensions croissantes. Pendant l’occupation allemande, sa relation avec Hans Jürgen Soehring, un officier allemand, sera un tournant majeur qui conduira sa carrière à la tourmente.
Ses films de cette période engendrent des controverses, mais sa popularité ne faiblit pas grâce à son talent exceptionnel. Au contraire, des œuvres telles que Madame Sans-Gêne (1941) et Les Enfants du paradis (1945) consolident son statut d’icône. Cependant, son amitié avec des figures controversées et son romance avec Soehring lui valent des critiques acerbes dans la presse à la Libération, la qualifiant de collabo.
Arrestée par la Résistance en octobre 1944, Arletty est internée pour sa liaison avec un homme de l’ennemi. Sa réponse impertinente à ses accusateurs lui vaut des vives réactions, mais elle demeure inébranlable. Libérée, les conséquences de cette expérience sont lourdes : elle se voit empêchée de travailler dans le milieu pendant plusieurs années, un coup dur pour une artiste à l’apogée de sa carrière. Cependant, Arletty n’abandonne pas. Elle revient au théâtre et continue à briller malgré les ombres que son passé jette sur sa réputation.
Retour sur scène et redécouverte
Dans les années 1950, Arletty opère une résurgence dans le milieu artistique. Bien que sa vue commence à décliner, son talent indéniable lui permet d’interpréter de nombreux rôles sur scène. Elle travaille à nouveau avec des grands noms, continuant d’écrire sa légende. Son rôle dans Un tramway nommé Désir (1949), mise en scène par Jean Cocteau, lui assure une place de choix dans le panorama théâtral de l’époque, bien qu’elle commence à prendre ses distances avec le cinéma, un monde en plein bouleversement.
Sa voix continue de séduire, et même si elle s’éloigne peu à peu des projecteurs, sa présence reste celle d’une icône vivante. Elle prête sa voix à de courts-métrages et documentaires, restant ainsi une figure familière des écrans. Sa tournée avec le théâtre lui permet de rencontrer d’autres légendes de l’époque, dont Colette et Jean-Paul Sartre, consolidant des amitiés qui nourrissent sa créativité tout en lui permettant de rester dans l’esprit des Français.
En 1988, une célébration monumentale pour ses 90 ans attire environ 2000 personnes. Les récits entourant son parcours sont réinterprétés, et une nouvelle génération découvre la femme complexe derrière l’icône. Arletty devient alors le symbole d’une liberté qui transcende les époques, incarnant à la fois la gouaille et la résilience, inspirant ainsi des artistes contemporains. Ses dernières années sont marquées par son engagement auprès des artistes aveugles, montrant une facette généreuse de sa personnalité.
Un héritage marquant
Arletty disparaît le 23 juillet 1992, mais son héritage continue de nourrir l’art et la culture française. Sa vie, riche en émotions et en collaborations avec des artistes talentueux, est le reflet d’une époque marquée par le rêve et les tumultes. Le cinéma et le théâtre français sont en partie responsables de l’essor de cette personnalité, et son histoire fait partie intégrante du patrimoine culturel.
Des projets commémoratifs, tels que la passerelle Arletty inaugurée en 2022 à Paris, mettent en lumière son influence persistante. Ses répliques, son style et son audace continuent d’inspirer et de toucher de nombreuses personnes. Arletty, femme de contradictions, musicalité et subtilité, incarne une voix qui résonne au-delà des décennies, conférant à son via un caractère intemporel.
Son histoire est Ă©galement explorĂ©e dans des Ĺ“uvres posthumes et des tĂ©lĂ©films qui plongent dans la complexitĂ© de sa vie. Des artistes comme Laetitia Casta lui rendent hommage, affirmant l’importance de son hĂ©ritage dans le paysage culturel d’aujourd’hui. On se souviendra d’Arletty comme d’une femme qui a su s’affranchir des conventions et qui, bravant les tempĂŞtes personnelles comme professionnelles, a laissĂ© une empreinte indĂ©lĂ©bile dans l’histoire du cinĂ©ma français.